« C’est pas vraiment ta sœur. C’est JUSTE ta demi-sœur »

Les familles recomposées, aujourd’hui, c’est monnaie courante.

J’en fais partie.

Et si ce n’est pas votre cas, vous connaissez sans doute au moins l’une ou l’autre personne dans votre entourage qui est dans ce cas.

 

La société évolue, les mœurs, les technologies et parfois aussi les mentalités.

Ceci étant, certaines habitudes, expressions, idées reçues ont la vie dure.

Et pour la première fois, aujourd’hui, je vais me mettre en partie dans la peau de quelqu’un d’autre pour vous écrire :

celle de ma fille cadette qui aura 10 ans cette année.

 

Cette enfant du divorce qui a peu, voire aucun, souvenir de sa vie dans une famille normale (car elle avait à peine 3 ans quand son père et moi nous sommes séparés).

Elle, pour qui la norme est sa famille recomposée du côté paternel comme maternel.

 

Ma famille composée

 

Il y a autant de modèles de familles (qu’elles soient recomposées ou pas) qu’il y a de parents et d’enfants.

Et avec le temps, ces modèles sont souvent amenés à évoluer au sein d’une même famille.

C’est pour vous dire à quel point ce dont je vais vous parler ne reflète qu’une infime partie des émotions liées aux relations familiales qui peuvent être perçues par chacun.

C’est un point de vue, un ressenti : le mien.

 

Quand nous avons décidé, mon mari et moi, d’avoir un enfant, nous savions qu’il allait falloir composer avec le fait que les 3 enfants ne soient pas toujours réunis (du fait de l’alternance), avec les doutes sur la partialité de mon mari entre notre fille et les miennes….bref, toute la pléiade de réjouissances qui accompagnent la construction de cette nouvelle famille.

 

Mais, moi, dans ma tête, les choses étaient claires.

Je nous voyais comme une famille en construction et non une famille en réparation.

 

Pour certains, les mots ont peu d’importance :

« Tu joues sur les mots là !

Oui, ben c’est pareil ! »

 

Je ne vois pas les choses comme ça.

 

Les maux des mots

 

Un mot peut blesser s’il touche là où ça fait mal, un mot peut blesser beaucoup plus qu’une attaque physique.

Avec un mot, vous pouvez coller quelqu’un dans une catégorie, lui coller une étiquette qui le fera souffrir et qu’il peinera à décoller peut-être toute sa vie.

 

Dans le cas présent, ces mots qui blessent sont tous ceux qui sont liés à la famille de l’après séparation :

Famille recomposée, demi-sœur, demi-frère…

 

Qu’est-ce qu’il y a de blessant là dedans ?!

 

Et bien, tout simplement, pour une gamine de 10 ans :

  • qui a grandi dans 2 familles où ses parents et beaux-parents respectifs l’ont aimée et élevée normalement.

Entendez par là qu’elle a grandi dans le même contexte émotionnel et matériel qu’un enfant dont les deux parents vivent encore ensemble,

 

  • qui a grandi avec sa sœur du côté maternel et sa sœur du côté paternel comme un autre enfant qui grandi avec sa sœur ou son frère.

Avec pour seule différence de ne le voir qu’une semaine sur deux,

 

  • qui aime de tout son cœur ses sœurs (pardon demi-sœurs !)

 

…..ce n’est pas évident de devoir sans arrêter s’entendre dire :

 

« Mais, en vrai, c’est pas ta sœur !  C’est juste ta demi-sœur ! »

 

Je vois dans son regard la colère monter et j’avoue que dans mon cœur elle monte aussi quand j’entends ça.

Toutes les deux, nous prenons sur nous et d’un simple regard, je sais, qu’elle ressent la même chose que moi…..

« Une sœur ça ne peut pas se couper en deux…

On ne recompose pas une famille…..on la compose »

 

Ma petite Don Quichotte

 

Comme il ne sert à rien de se battre contre des moulins à vent à la manière de Don Quichotte….

J’ai pris le parti de toujours communiquer avec mes filles pour qu’elles comprennent que ces mots et toutes les idées reçues qui y sont associées n’engagent que ceux qui veulent bien les croire.

Que de leur côté, elles sont libres de voir les choses à leur façon.

 

Quel meilleur moyen que de garder foi en ses convictions pour contrer le regard des autres ?

 

« Tu sais, ils ne pensent sans doute même pas à mal.

Ils ont appris les choses comme ça en grandissant et les idées reçues qui vont avec aussi….

Ils ne peuvent pas savoir que ce qu’ils en pensent est faux pour toi et ils n’ont même pas conscience que ce qu’ils te disent est injuste pour toi et te fais de la peine….

Toi, tu sais que tes sœurs c’est tes sœurs.

Peu importe, ce que eux en pensent. »

 

Il est vrai que dans certaines fratries, le mot demi placé devant frère ou sœur y est placé à juste titre car le schéma familial a été instauré ainsi….

C’est un choix et bien des familles sont dans ce cas et cela leur convient très bien.

 

Dans d’autres familles, le demi est même de trop, car les frères et sœurs n’ont aucun lien…

 

Dans certaines familles normales même, les vrais frères et sœurs ont des liens assez précaires voire inexistants.

 

Et puis, il y a mon point de vue à moi, que j’affirme haut et fort aujourd’hui pour moi, pour mes filles, et que je vous donnerai à travers cette simple question :

 

« Pensez-vous vraiment que l’amour entre 2 sœurs soit lié au sang qui coule dans leurs veines ? »

 

Moi, quand je vois la complicité et les chamailleries entre mes filles, je ne vois aucune moitié de sœur et je n’ai à aucun moment le sentiment d’être entrain de rafistoler ma famille et que mes filles ne sont pas de VRAIES sœurs.

 

Je joue sans doute sur les mots, et je sais qu’il ne s’agit que de termes logiques employés pour définir un contexte et qu’il fallait bien y coller des mots pour l’identifier.

 

La vérité, c’est que ce ne sont pas tant les mots qui blessent que toutes les idées reçues qui y sont associées.

 

 

 

 

11 thoughts on “« C’est pas vraiment ta sœur. C’est JUSTE ta demi-sœur »”

  1. Merci pour ce joli article. A 7 ans ma fille aînée est rentrée de l’école en me disant : « mes copines me disent que Tom n’est pas mon frère mais mon demi-frère, hein maman que c’est pas vrai ? Moi j’ai un frère entier ! »
    Tout est dit. Pour moi et donc pour nous et nos 3 enfants « recomposés » la fraterie est avant tout celle du coeur et devant ces jeunes adultes en devenir je le constate tous les jours. Mes deux aînés ne vivent pas dans la même ville au quotidien mais en savent plus l’un sur l’autre que moi-même.

    1. La complicité naturelle et l’amour de nos ptits loups au-delà des liens du sang pourraient inspirer certains adultes s’ils prenaient la peine d’ouvrir les yeux….ou leur cœur.

  2. Que de points communs ! Ma grande de 9 ans et demi qui a connu la séparation de ses parents à 3 ans a maintenant 2 soeurs, une dans chaque foyer ! Je n’ai jamais ou alors exceptionnellement pour expliquer le terme utilisé «demi-soeur» et par chance je ne pense pas qu’on lui dise ça dans son entourage, et je ne l’accepterais pas non plus en tant que maman de mes deux petites filles qui sont bien soeurs ! 🙂

  3. J’ai un fils de 3 ans et 3 mois et une petite fille de 8 mois de 2 pères différents. Mon fils n’a pas connu son père biologique et appelle son « beau-père »: Papa. Je pense bcp à ce qu’il va se passer plus tard quand on lui fera des remarques en lui disant mais non ce n’est pas ton Papa (d’autant plus qu’ils n’ont pas la même couleur de peau) ou non ce n’est que ta demi soeur. Mais voilà, aujourd’hui nous sommes une famille et les liens qui se créent entre mon fils et ma fille et mon fils et son beau-père sont trés fort et personne ne peut remettre cela en question car se sont les coeurs qui parlent!!!

  4. Chez nous, ma fille découvre en plus des demis frères et soeurs, beau père et belle mere. Et du haut de ces 5 ans, le verdict est tombé: « c’est vraiement nul… d’abord les demi gens ça n’existe pas, et puis beau père et belle mere, ça veut dire que mon papa et ma maman sont moches alors? »
    On est en manqué de mots pour nos familles composes. alors on cherche et j’en suis sure qu’on va trouver un joli mot pour se dire qu’on s’aime, encore plus fort parce qu’on se voit pas tout le mtemps 🙂

  5. Bonsoir,
    Chez nous c’est encore autre chose : on vit à 6 mais nos 2 enfants chacun n’ont aucun lien de sang alors qu’on vit au quotidien ensemble donc se pose la problématique de qui on est les uns pour les autres. Pour mes enfants qui sont plus jeunes pas facile de jongler entre le terme Papa pour les grands et le prénom de Mr quand c’est pour eux alors que ça concerne la même personne. Alors on a tranché : une contraction entre Papa et le prénom qui donne un mot inventé mais adopté à l’unanimité. Pour moi le pb se pose moins car ses enfants sont plus grands.
    Pour finir je cite mon petit bonhomme de 5 ans qui a expliqué à ses copains que les deux grands étaient à moitié ses frères. On revient sur le débat des demis ou entiers mais moi pour le coup j’ai trouvé ça mignon car sans avoir le même papa ni la même maman ils se considèrent quand même frères et soeur (même si ce n’est qu’à moitié).

    1. Merci pour ce retour.
      Et vous avez raison d’avoir trouvé ça mignon: l’essentiel étant que votre famille trouve son propre équilibre et que vous y vous sentiez bien.
      🙂

  6. Je suis d’une génération où moi enfant, il y avait presque pas d’enfant de divorcés, puis mes fils peu d’enfants de parents divorcés et aujourd’hui mes petits enfants sont des enfants de foyer divorcé donc avec les frères et soeurs suivants je constate que pour moi cela fait une belle salade dans le vocabulaire, car comme votre fille j’ai toujours pensée qu’il n’y avait pas de 1/2 enfant on est juste frère ou soeur de père ou de mère mais frère ou soeur quand même. Cela vient sans doute d’une société latine ou le droit du sang prime (en rapport à l’héritage) et les sentiments ne sont pas pris en compte.

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