« Je ne serai plus là à Noël » (m’a dit mon père)

Cette phrase résonne dans ma tête.

Qui  en est l’auteur ?

Un homme de 88 ans, ratatiné de vieillesse et usé de douleurs : mon père.

 

J’apprécie de l’avoir toujours à mes côtés et je sais que bien des orphelins aimeraient aussi avoir cette chance.

Ce n’est pas simple pour autant.

 

Comment vous décrire tout ça ?!

 

 Mon père était un géant !

Et voilà que ce roc qui m’impressionnait étant enfant se transforme chaque jour en frêle tortue qui me bouleverse.

Les rôles s’inversent, et c’est maintenant à nous, ses enfants, de veiller sur lui.

 

Même à 50 ans, on n’en a pas fini de grandir.

 

« Je ne serai pas là à Noël ! »

 

Tellement surprise par cette affirmation, tombée un soir d’été, je n’ai pas su réagir.

Alors, j’ai plaisanté, et refusé d’ouvrir la porte à la conservation à la laquelle cette petite phrase m’invitait.

 

Quelques mois et une mauvaise chute hospitalisante plus tard, cette phrase résonne dans ma mémoire.

 « Et si mon père avait raison ? »

 

Certes, aucun indicateur médical ne penche en ce sens, hormis celui de l’âge…

 Mais est-il possible que l’on sente arriver sa fin ?

A l’image de ses vieux sioux qui quittaient leur tribu pour leur rendez-vous avec la mort ?

D’autant que je ne suis pas la seule à qui il a formulé cette impression.

Peut-être avez-vous déjà entendu parler du pouvoir « des prophéties auto réalisantes », si bien décrites par le psychologue Paul Watzlawick.

Cela n’est pas pour me rassurer !

 

Tous ces non-dits

 

Alors, il faut chausser ses lunettes d’adulte pour apprendre à regarder cette nouvelle réalité et une fois encore, abandonner son costume de « petite fille parfaite » pour vêtir sa robe d’humanité, la volanter d’humour pour ne pas sombrer dans le mélodramatique.

Connecter son humanité pour parler de cœur à cœur, d’être humain à être humain, d’égal à égal.

« Hum ! Pas si simple… »

 

C’est une question d’éducation, de génération mais aussi de circonstances et de cicatrices.

Nous parlons peu dans notre famille et avons appris à faire avec, ou plutôt sans !

Sans cette parole supposée libératrice.

 

J’ai peur de ne pas en faire assez

 

Alors des dizaines de questions tournent dans ma tête.

 

« Est-ce que j’ai fait ce qu’il faut ?

Suis-je assez présente ?

Aurai-je des regrets plus tard ?

 Est-ce que tout est dit ?

Reste-t-il des mystères à élucider, des aveux d’amour à offrir ? »

 

Le malaise ressenti à cet instant me permet de comprendre que les choses sont beaucoup moins limpides qu’il n’y paraît.

Pourtant imaginer ces conversations me semble impossible, trop difficile… un cap inaccessible à franchir.

Je réalise une fois encore que même à 50 ans on n’en a pas fini de grandir.

 

Le langage du cœur

 

J’ai l’impression de ne pas en faire assez, et pourtant si j’écoute mes proches j’en fais déjà trop !

 « Qui a raison ?

Et comment savoir ? »

 

Je ne vois pas d’autre issue que de se fier à son instinct, à son cœur.

 

Il y a des situations où l’on a plus besoin de réfléchir.

Décider de visiter  mes parents, et le faire maintenant.

Traverser la France pour les rejoindre, certes, cela demande un peu d’organisation ! Mais je ne peux pas faire comme si cette intuition n’existait pas… cette sensation d’urgence qui infuse malgré-moi ; cette impression que plus tard sera peut-être trop tard.

Décider d’organiser ce voyage est aussi une façon d’apprendre. C’est une manière de se mettre en chemin et ainsi d’affronter ses peurs… Un bon début !

 

Profite du jour présent

 

8 heures de train me laisseront le temps de me préparer.

Oui, je sais bien que me torturer ne servira à rien et qu’il est tout à fait probable que cette peur qui s’est installée malgré moi soit sans fondement.

 

On en revient toujours à ce célèbre «  Carpe Diem ».

 

Lâcher-prise ce n’est pas si facile

 

« Vais-je parvenir à accepter que tout ne sera pas « aussi parfait que je le souhaite », mais que j’aurai fait de mon mieux et que c’est déjà très bien ? »

 

Je sais pourtant que mon père est en paix avec lui-même, et depuis longtemps.

«  Je l’ai même admiré pour cela. »

J’avais 15 ans et je comprenais alors pour la première fois la douleur que pouvait provoquer la mort d’un proche.

S’en était suivi une longue conversation avec mon père que je garde au cœur depuis ce jour :

 

«  Tu as peur de mourir ? Pourtant, la naissance et la mort sont les mêmes facettes de la vie. Tu n’as pas eu peur de naître… puisque c’est la même chose, tu n’as pas besoin d’avoir peur de mourir. »

 

Aujourd’hui, grâce à toi  –merci– la mort ne m’effraie pas tant que ça mais je ne peux pas en dire autant de la souffrance.

Je suis triste de sentir cette souffrance sans pouvoir la soulager.

J’ai besoin d’être sûre d’avoir fait tout mon possible pour ne pas avoir à vivre dans les regrets… et j’ai sans doute encore besoin de cheminer pour accepter cette part d’inconnu.

Je voudrai accepter le fait que je ne pourrai jamais tout contrôler.

 

Aimons-nous vivants

 

Oui ! J’y crois !

Au delà de cette visite d’automne, nous serons aussi tous là pour fêter Noël ensemble, par ce qu’après tout un père, ou les parents, se trompent aussi parfois.

 

Finalement, merci de m’avoir fait peur papa car j’en tire une belle leçon.

Et comme le disaient Georges Brassens et Paul Fort :

«  Il faut nous aimer sur Terre

Il faut nous aimer vivants

Ne crois pas au cimetière

Il faut nous aimer avant »

 

 

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